Communiqué du 2 avril 2009
Nouhoum KEITA, journaliste à la Radio Kayira ,
co-organisateur du forum social mondial à Bamako,
est en prison depuis le 26 février 2009
Le vrai faux passeport
En juillet 2008, Nouhoum KEITA apprend que sa photo a été utilisée à son insu dans un vrai faux passeport, document, qui a servi dans une malversation financière. Il dépose une plainte à la police. La confrontation ave la personne victime de cette malversation (qui serait un opérateur économique indien ayant, depuis lors, disparu dans la nature), démontre que Nouhoum KEITA n'est nullement impliqué. Dans sa déposition auprès de la police, l'homme d'affaires indien a même précisé qu'il ne portait pas plainte. Mais, au moment où Nouhoum KEITA se battait pour diligenter sa plainte contre X déposée devant le Procureur de la République de la commune II, afin de faire toute la lumière sur cette affaire qui est de nature à salir son honorabilité, un avocat malien qui dit avoir été constitué par l'opérateur économique indien, plaignant toujours introuvable, est allé porter plainte contre lui pour complicité d'escroquerie devant le Procureur de la commune V. Sur la base d'un procès verbal truqué par un officier de police, le juge d'instruction chargé du dossier au niveau du tribunal de la commune V, n'a pas hésité, en absence de toute preuve irréfutable, à signer un mandat de dépôt. Nouhoum a été, de ce fait, déféré le 27 septembre 2008 puis relâché le même jour, ayant bénéficié d'une mise en liberté provisoire.
Le 21 octobre 2008, soit près d'un mois plus tard, mécontent de la lenteur mise par la justice à compléter l'instruction de son dossier et déterminé à faire manifester la vérité, il a porté plainte contre les faussaires présumés et l'officier de police qui avait falsifié sa déposition pour "dénonciation calomnieuse et faux témoignage".
Après un autre mois de patience afin de faire progresser le dossier, Nouhoum KEITA a sollicité une audience auprès du Ministre de la Justice, Garde des Sceaux du Mali qui l'a reçu le 23 janvier 2009.
C'est au bout d'un troisième mois d'attente infructueuse et doutant de la compétence et de la bonne foi du juge chargé du dossier que le 25 février 2009, Nouhoum KEITA a annoncé sur l'antenne d'une radio libre de Bamako qu'il entendait constituer un nouveau dossier et porter plainte contre X. Le lendemain, à dix heures, il a été arrêté et déféré à la prison centrale de Bamako, sans autre forme de procédures par le magistrat en charge du dossier. L'Union nationales de journalistes du Mali (UNAJOM) a immédiatement engagé une procédure de mise en liberté provisoire. Une demande de mise en liberté provisoire a été signée par le magistrat le 28 février 2009 et remise au procureur de la République près le tribunal de première instance de la commune V, qui n'a pas réagi jusqu'à présent.
Situation le 2 avril 2009:
Pas de changement. Sous prétexte que les interventions à l'intérieur du pays et depuis l'étranger empêchent les juges de travailler en toute indépendance, le syndicat autonome de la magistrature, s'est saisi de l'affaire Nouhoum KEITA et constitue aujourd'hui le point de blocage. Il doit décider dans les jours à venir de la suite à donner dans l'affaire. En attendant Nouhoum KEITA est toujours en prison.
Quelques informations complémentaires :
En août 2008 six techniciens et journalistes de la station de Niono du réseau de communication Kayira ont été arrêtés et condamnés à un mois de prison ferme et 50'000FCFA d'amende, sous le prétexte du non respect d'une mesure de fermeture, en fait illégale, de cette antenne locale, par le Préfet, en lieu et place des Ministres de la communication et de l'Administration Territoriale, seuls habilités normalement à prendre une décision.
Il est indiqué de penser que leur arrestation est intervenue suite à la dénonciation sur les ondes de Radio Kayira de NIONO des malversations, de la corruption et des abus administratifs au sein de la régie de l'Office du Niger. Cette régie gère les installations hydrauliques et les 1 millions 200 000 ha de terres le long du fleuve, qui sont destinés (et en grande partie exploitées) pour la riziculture.
En juillet 2004, l'Office du Niger a résilié les contrats d'exploitation de près de 3500 petits paysans et cultivateurs en difficulté pour non paiement intégral de leur redevance eau à terme échue. Ces terres ainsi récupérées, plutôt arrachées de façon inhumaine à des producteurs pauvres et sans autre source de revenus pour faire vivre leurs familles, ont été officiellement attribuées à des particuliers et à des sociétés étrangères mais aussi à des fonctionnaires connus sous l'appellation : "les paysans du dimanche" qui les ont occupées, dans un certain nombre de cas, avec l'appui des forces de l'ordre.
La lettre ouverte adressée le 24 mai 2006 par Nouhoum KEITA au Président Ahmadou Toumani TOURE, suite à la visite d'Etat du ministre de l'Intérieur de l'époque, l'actuel président français Nicolas Sarkozy, démontre la profonde discorde face à la politique de privatisation et de soumission au néo-liberalisme appliquée par ce gouvernement et les raisons des tentions populaires grandissantes au Mali. Cette lettre est encore aujourd'hui dans les esprits.
Les élections municipales qui auront lieu à la fin du mois d'avril 2009 menacent, sur fond de ras - le - bol populaire, les forces politiques en place. Il n'est donc pas étonnant, que le journaliste Nouhoum KEITA, responsable de la communication pour le parti SADI (Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance), connu au delà du Mali pour son franc-parler et ses critiques face au contexte économique et politique actuel, soit soumis à une tentative d'intimidation.
La durée exceptionnelle du traitement de son dossier et de sa détention préventive, les changements inexplicables opérés par les autorités judiciaires jettent un discrédit sur elles. La détention prolongée, pendant laquelle, le magistrat s'efforce d'inculper Nouhoum KEITA est probablement destinée à le discréditer devant l'opinion publique. Dans tous les cas, l'évolution de l'affaire Nouhoum KEITA, nous pousse à penser qu'il y a une main politique quelque part qui tire les ficelles. Mais à quelle fin ? Au regard du droit malien, Nouhoum KEITA devait bénéficier d'une mise en liberté provisoire. Mais, pourquoi cette opposition du procureur de la République de la commune V ?
Nouhoum est aujourd'hui pris en otage par la justice de son pays, sensée l'aider à faire la lumière sur cette affaire dans laquelle, il n'est qu'une victime innocente.
Jusqu'à présent le Mali bénéficiait de la réputation d'un pays qui respecte les principes démocratiques et la liberté des médias. Mais, à la lumière de certains évènements, nous sommes très inquiets quant à l'évolution des droits de l'Homme au Mali. L'emprise croissante d'une politique néo-libérale sur la gestion du pays, a fini par le jeter dans les bras de la corruption qui gangrène tous les secteurs politiques, sociaux et économiques.
Nous demandons la libération immédiate et sans condition du journaliste Nouhoum KEITA de la Radio Kayira, militant altermondialiste de tout premier plan et membre influent de SADI, un des principaux partis d'opposition au Mali.
Nous exigeons que la justice malienne lui accorde, comme à tout autre citoyen, une enquête sérieuse et un traitement respectueux de droits fondamentaux de l'être humain. C'est bien ce que prévoit la Constitution du Mali et c'est bien ce que Nouhoum KEITA n'a jamais cessé de réclamer.
Pour tout complément d'informations : Prof Many Camara, courriel manycamara@yahoo.fr
Hannes Lammler Forum Civique Européen, courriel forumciviqueuropeen@wanadoo.fr
WWW.JOURNARLES.ORG
a publié une série de documents concernant l'affaire du vrai faux passeport de Nouhoum KEITA.
Liste non exhaustive de personnalités et ONGs qui appuient la libération immédiate de Nouhoum KEITA:
Cheikh Omar SISSOKO, cinéaste et ancien Ministre de la culture, Mali
Jean Ziegler, Membre du comité d'experts du Conseil des droits de l'homme de l'ONU
Jean Pierre BERLAN, économiste, ancien directeur de recherche en sciences économiques à l'INRA
Cet appel a été appuyé jusqu'à présent par une centaine de personnes et d'ONGs, parmi eux
ATTAC France, SURVIE, Forum Civique Européen, JOURNARLES, RADIO ZINZINE, Coalition des Alternatives africaines Dette et Développement – Mali (CAD), le Mouvement des Sans Voix, Sanfin, Union nationale des journalistes maliens (UNAJOM), Monde sans guerre (Thérèse Néroud), Centre des cultures (Denis Dégé), IDA (Ba Abdoulaye)